Marseille attire 769 foyers parisiens (2021-2022), mais les repousse vite. Estelle, déçue par la saleté et les incivilités, fuit après 5 mois. Quentin, mal à l’aise avec les tensions sociales, et Maryam, lassée par la politisation, suivent. Saleté (22 % de satisfaction), transports pourris (45 %) et corruption apparente les chassent. Entre 2017-2022, 2 700 foyers gagnés, mais un solde migratoire négatif.
Bienvenue à Marseille, ou pas
Marseille, la ville de la “Bonne-Mère”, fait rêver les gogos avec ses promesses de soleil et de mer. Entre mars 2021 et 2022, 769 foyers parisiens ont débarqué, pensant fuir la grisaille de la capitale pour un eldorado méditerranéen. Depuis janvier 2023, 2 188 nouveaux foyers ont suivi le mouvement, selon la mairie. Mais voilà, l’idylle a tourné au vinaigre plus vite qu’un pastis oublié au soleil. À peine installés, ces néo-Marseillais, venus des quatre coins de France, ont plié bagages, dégoûtés par une ville qui, sous ses airs de carte postale, cache une réalité crasseuse. Comme au temps des grandes pestes, où les cités portuaires étaient des nids à rats, Marseille semble incapable de se débarrasser de ses ordures, au sens propre comme figuré.
Cinq mois d’illusion, puis la chute
Prenons Estelle, 29 ans, juriste fraîchement débarquée fin 2021. Elle cherchait l’anti-Paris : la mer, le soleil, et des transports qui ne sentent pas le métro bondé. Résultat ? « La lune de miel a duré cinq mois », lâche-t-elle, acide, avant de fuir à Blois après deux ans de galère. « J’ai été très déçue par la saleté ambiante et les incivilités », ajoute-t-elle, comme si elle avait découvert un cloaque médiéval en plein Vieux-Port. Au début, le centre-ville était calme, presque charmant. Mais dès la fin des confinements, les rues se sont remplies, et avec elles, les emmerdes. Les transports en commun, un cauchemar : seulement 45 % des habitants de Marseille en sont satisfaits, contre 72 % à Lyon, selon une étude de la Commission européenne de 2024. Estelle, comme tant d’autres, a fini par craquer, coincée entre des métros en panne et des bus fantômes.
Quentin, jeune biologiste, n’a pas tenu plus longtemps. Parti à l’automne 2023, il crache son venin : « Marseille, c’est crade, point. » Et il enfonce le clou : « Il y a beaucoup de tensions sociales, on ne s’y sent pas bien. » On dirait un rescapé d’une guerre de tranchées, sauf que les tranchées, ici, sont remplies de déchets. La saleté, c’est le sport local : 22 % des habitants trouvent la ville propre, contre 11 % à Rome, selon la même étude. Les grèves des éboueurs, un classique, transforment les trottoirs en dépotoirs. Maryam, exilée dans le Luberon, en a des sueurs froides : « On slalome entre les déchets et les crottes de chien ! » On dirait les bas-fonds de Naples au XIXe siècle, quand les ordures servaient de décor aux épidémies. À Marseille, l’épidémie, c’est le ras-le-bol.
Chiffres et désillusions
Les stats ne mentent pas. Marseille attire, mais repousse aussi sec. Entre 2017 et 2022, la ville a gagné 2 700 foyers par rapport à Paris, mais le solde migratoire intra-muros reste négatif, d’après l’Insee. Sans les naissances, Marseille perdrait des habitants. Les néo-Marseillais, eux, fuient vers la périphérie : Allauch, Plan-de-Cuques, ou le pays d’Aix, où l’air est moins saturé de relents d’incivilités. Et pour cause, l’accès aux espaces verts est un désastre : 65 % de satisfaction, contre 84 % en moyenne en Europe de l’Ouest.
Même la corruption est pointée du doigt, Marseille étant la seule ville française perçue comme pourrie par ses habitants, loin des standards européens. Maryam, toujours elle, balance un dernier uppercut : « On a l’impression que tout est politisé, et ça manque de sérénité. » On croirait entendre une rescapée d’un congrès municipal sous haute tension.
C’est un peu comme si, au temps des grandes migrations vers le Nouveau Monde, les colons avaient débarqué en pensant trouver l’Eldorado, pour tomber sur un marécage infesté de moustiques. Les néo-Marseillais voulaient du soleil, ils ont eu des poubelles. Et les transports ? Une blague. Les pistes cyclables sont impraticables, le métro est un fiasco, et les bus, un mirage. Pas étonnant que beaucoup préfèrent la voiture, quitte à engorger encore plus les rues.
Fuite sans regrets
Estelle, Quentin, Maryam… ils ont tous fini par jeter l’éponge. Marseille, c’est la belle qui vous séduit avec ses 300 jours de soleil par an, mais qui vous poignarde dans le dos avec ses trottoirs minés et ses grèves à répétition. On pourrait croire à une malédiction : comme au temps de l’Ancien Régime, où les ports attiraient les rêveurs avant de les broyer, Marseille joue les sirènes avant de montrer son vrai visage. Sur X, les internautes s’en donnent à cœur joie : « Marseille, c’est joli sur Instagram, mais invivable au quotidien », balance un utilisateur. Les néo-Marseillais, eux, n’ont qu’un mot : adieu.






