Ils se voyaient déjà en héros, les gamins de Solidaires et Union Pirate. À Nantes, ils ont dégainé leur plume trempée dans l’encre de la justice pour flinguer la Licra, cette vieille bique qu’ils jugent trop cosy avec les fachos. « Compromise avec l’extrême droite », qu’ils ont beuglé, la bave aux lèvres, en listant tout : Valls, Darmanin, un tweet foireux sur Brigitte Macron – le grand complot était là, sous leurs yeux écarquillés. Eux, purs comme des agneaux, voulaient un congrès nickel, sans cette tache ambulante. Sauf que personne ne les suit : la Licra s’en fout, l’université dort, et leurs camarades rigolent en matant Netflix.
Nantes : la Licra accusée de facho par des étudiants !
À Nantes, les barricades sont de sortie, mais pas là où on les attend. Les syndicats étudiants Solidaires et Union Pirate ont décidé de jouer les Torquemada modernes, exigeant l’exclusion de la Licra d’un congrès universitaire sur le racisme, prévu le 14 mars 2025. Motif ? L’association antiraciste serait un nid de fachos déguisés, rien que ça ! Entre accusations de compromission avec l’extrême droite et coups de griffe sur son passé, la bataille idéologique prend des airs de vaudeville sanglant. Bienvenue dans la France qui adore se déchirer pour un oui ou un non.
La guerre des syndicats étudiants
Tout part d’un communiqué bien senti, pondu le 13 mars 2025 par ces deux syndicats nantais. La Licra, invitée à un congrès contre le racisme et l’antisémitisme à Nantes Université, se voit montrée du doigt comme une traîtresse. « Compromise avec l’extrême droite », clament-ils, la bouche pleine de griefs : soutien à Darmanin et Valls, ces bêtes noires de la gauche radicale, avalisation du « racisme anti-blanc » – un concept qui fait grincer des dents –, et un silence coupable sur l’islamophobie. Cerise sur le gâteau, ils ressortent une vieille saillie d’Alain Jakubowicz, ex-boss de la Licra, qui aurait traité Brigitte Macron de « mec blond bien maquillé ». La messe est dite : pour eux, la Licra n’a rien à faire dans un tel événement.
la Licra accusée de tous les maux !
On croirait un remake des grandes heures de la Terreur, quand les révolutionnaires s’accusaient mutuellement de trahison avant de se couper la tête. Ou peut-être les années 30, quand les ligues d’extrême droite et les antifascistes se bastonnaient dans les rues de Paris. Aujourd’hui, c’est à coups de communiqués et de tweets que les jeunes croisés de Nantes mènent leur jihad contre une association née pour combattre les pogroms. Ironie suprême : la Licra, fondée en 1927 par Bernard Lecache pour défendre un anarchiste juif, se retrouve taxée de collabo par des gamins qui n’ont pas connu autre chose que TikTok et les manifs anti-CPE.
Licra pro-facho ?
Faut dire que la Licra ne s’aide pas toujours. Son CV traîne quelques boulets : en 2013, Jakubowicz avait assimilé la quenelle de Dieudonné à un « salut nazi inversé », gagnant un procès mais aussi des ennemis. Son soutien à des politiques musclés comme Valls, qui parlait des Roms en termes pas franchement tendres, n’a pas arrangé son image auprès des puristes. Et puis il y a cette obsession du « racisme anti-blanc », défendue bec et ongles lors d’affaires judiciaires, qui sent le soufre pour une gauche qui ne jure que par les oppressions systémiques. Sans parler de son appui à Israël, que les syndicats qualifient de « génocidaire » – un mot qui fait bondir la droite et ricaner les cyniques. La Licra, vieille dame de l’antiracisme, vacille sous les uppercuts.
Et si l’extrême droite était ailleurs ?
Et si les vrais fachos n’étaient pas là où on les cherche ? Solidaires et Union Pirate, ces chevaliers de la morale estudiantine, ne brillent pas par leur nuance. En 2023, un porte-parole de l’Union Pirate lâchait un « J’emmerde la race blanche » en pleine campagne électorale à Nantes, sans que ça choque outre mesure leurs camarades. Une phrase qui, dans la bouche d’un skinhead inversé, ferait trembler les murs de l’Assemblée. Alors, qui joue les inquisiteurs ? La Licra, avec ses ambiguïtés, ou des syndicats qui brandissent l’antiracisme comme une matraque pour écraser tout ce qui dépasse ?
Un tempête dans un verre d’eau
À Nantes, le congrès du 14 mars a lieu avec ou sans la Licra ? Peu importe, au fond : la vraie star, c’est cette guéguerre grotesque qui en dit long sur notre époque. D’un côté, une association résolument de gauche empêtrée dans ses contradictions ; de l’autre, des étudiants qui préfèrent brûler des ponts plutôt que d’en construire. Espérons qu’un jour, on apprenne à causer plutôt qu’à s’égorger pour des étiquettes.






