Aujourd’hui, je souhaite aborder un sujet qui me tient à cœur et qui est au centre des débats politiques actuels : le cordon sanitaire mis en place par une partie de la classe politique française pour lutter contre les populismes. Cette stratégie consiste à exclure certains partis ou mouvements considérés comme extrémistes ou antidémocratiques de toute forme de collaboration ou de dialogue. Si l’intention derrière ce geste peut sembler « louable », j’aimerais vous exposer pourquoi, selon moi, elle risque de devenir contre-productive et même dangereuse pour notre démocratie.
Tout d’abord, il convient de se demander quelles sont les causes profondes de la montée des populismes de droite et de gauche en France. Ne nous voilons pas la face : ces mouvements trouvent leur source dans le mécontentement croissant d’une portion grandissante de la population, qui se sent abandonnée et ignorée par les élites traditionnelles. En mettant en place un cordon sanitaire, on nie purement et simplement la légitimité de ces revendications et on empêche tout débat constructif sur les questions soulevées. Pire encore, on alimente le sentiment d’injustice et de marginalisation qui anime ces mouvements.
En outre, la pratique du cordon sanitaire est souvent utilisée à mauvais escient comme une simple arme de disqualification de ses adversaires politiques. Au lieu de s’attaquer aux arguments et aux idées avancées par ces derniers, on préfère les étiqueter comme « facho » ou « extrémistes », sans chercher véritablement à comprendre leurs motivations ou à proposer des alternatives crédibles. Cela nuit non seulement au débat public, mais également à la confiance que les citoyens peuvent avoir dans le système politique.

Le cordons sanitaire contre le vilain fascisme
Dans notre paysage politique contemporain, le phénomène populiste suscite de vives inquiétudes et divise les acteurs institutionnels. Face à cette situation, une stratégie fréquemment employée consiste à isoler ces mouvements via un cordon sanitaire, autrement dit, à rompre toute collaboration ou dialogue avec eux. Néanmoins, cette tactique, présentée initialement comme un bouclier contre les dérives totalitaristes supposés, peut s’avérer contre-productive et même porter atteinte à la vitalité démocratique.
La première faille de cette stratégie réside dans le manque d’analyse des racines profondes du mécontentement qui alimente ces mouvements qui sont diabolisés sans analyse. Effectivement, les populismes tirent leur essence du mépris croissant d’une fraction importante de nos concitoyens, qui se sentent exclus et méconnus par les cercles dirigeants. En optant pour une attitude exclusive, nous occultons les motifs de cette colère et entravons la tenue d’un débat constructif sur les thématiques soulevées. Pire encore, nous alimentons le sentiment d’injustice et d’aliénation qui caractérise ces mouvements.
De surcroît, la pratique du cordon sanitaire tend à être instrumentalisée comme une astuce commode pour écarter ses rivaux politiques. Au lieu d’affronter les arguments et les conceptions avancées par ces derniers, nous préférons les diaboliser en les taxant de « fascistes » ou d’ »extrémistes », négligeant ainsi la compréhension de leurs aspirations ou la proposition d’alternatives viables. Une telle démarche porte préjudice tant au processus délibératif qu’à la confiance accordée au système politique.
L’expérience récente offre de multiples illustrations de situations où le recours au cordon sanitaire s’est retourné contre ceux qui l’ont adopté dans plusieurs pays européens. Ces cas démontrent les limites d’une logique axée sur l’éviction et la stigmatisation qui ne peuvent pas fonctionner si aucune action n’est menée contre les origines de cette colère populaire.

Comparaison n’est pas raison
Or, la France n’échappe pas à ce paradoxe. Notre nation possède une histoire tourmentée avec l’extrême droite et le fascisme, marquée par des expériences tragiques telles que celles du Parti populaire français (PPF) et de la Milice pendant l’entre-deux-guerres, ainsi que du régime de Vichy sous l’Occupation allemande. Ce legs douloureux a encouragé les Français à rester vigilants face aux mouvements extrémistes et populistes, aboutissant à une attitude circonspecte vis-à-vis de l’engagement dialogal avec eux.
Cependant, le contexte actuel diverge sensiblement de celui des années 1930 et 1940. Le Rassemblement national (RN), précédemment Front National, dirigé par Marine Le Pen, affiche un visage moins abrupt que sous l’ère de Jean-Marie Le Pen, et obtient des résultats électoraux probants lors des scrutins présidentiels et européens récents. Même si le programme du RN englobait des dispositions litigieuses, telles que la priorité nationale ou la sortie de l’UE, elles ont disparus de leur programme. Et il serait fallacieux de l’assimiler directement à des mouvements fascistes historiques. Les « fachos » n’existent que dans les esprits tordus d’incultes.
Face à ce tableau, le cordon sanitaire imposé au RN par plusieurs formations politiques hexagonales, telles que La République En Marche! et Les Républicains, peut être interprété comme obsolescent et dommageable. En refusant obstinément de coopérer avec le RN, ces partis risquent de fortifier indûment sa condition d’« étranger » et de lui conférer une allure de martyr de l’oligarchie dominante. Conséquemment, ils pourraient involontairement intensifier le ressentiment et le désir de revanche chez les électeurs flirtant avec le vote populiste.






