Hichem Miraoui, coiffeur tunisien, est abattu dans le Var par Christophe B., dans un crime raciste qualifié de terroriste. La presse en fait un martyr, louant son intégration, mais reste muette sur les victimes françaises dans des cas similaires. L’auteur, lui, n’est pas excusé par des troubles psy, contrairement à l’habitude. Ce traitement médiatique à géométrie variable interroge : pourquoi certains drames deviennent des causes nationales et d’autres des faits divers ?
Un coiffeur modèle transformé en icône post-mortem
Hichem Miraoui, 46 ans, Tunisien, coiffeur à Puget-sur-Argens, n’était pas juste un gars du quartier. Non, c’était l’archétype de l’immigré modèle, celui qu’on brandit comme un étendard quand la tragédie frappe. « Si doux, si calme », pleurent les habitants, la voix tremblante, devant son salon de coiffure où trônent fleurs et mots d’hommage. Il aidait à porter les meubles, sortait son oiseau de sa cage pour amuser les gosses, et n’avait pas un pet de travers – « inconnu des services de police », insiste son avocat. Un saint, quoi. Et pourtant, cinq balles tirées par un voisin, Christophe B., 53 ans, ont fait de lui un martyr instantané d’un « crime raciste » à « dimension terroriste », dixit Bruno Retailleau.
Mais soyons sérieux deux secondes : ce portrait dithyrambique, c’est du pain béni pour les rédactions. Hichem, avec son sourire et son ciseau, coche toutes les cases du storytelling larmoyant. Immigré intégré, travailleur, aimé de tous… on dirait un script écrit pour tirer la larme et vendre du papier. La presse s’emballe, les hommages pleuvent, et SOS Racisme dégaine son communiqué pour dénoncer la « banalisation du racisme ». On érige des autels médiatiques à Hichem, et c’est bien normal, diront certains. Mais alors, pourquoi ce zèle sélectif ?
Les victimes françaises, ces oubliées des éloges
Imaginons un instant l’inverse : un Français de souche, disons un plombier nommé Pierre, abattu par un voisin étranger dans des circonstances similaires. Est-ce qu’on aurait droit au même concert de louanges ? Les mêmes manchettes dégoulinantes de superlatifs ? Permettez-moi d’en douter. Souvenez-vous des agressions mortelles dans certains quartiers sensibles, où des Français lambda se font poignarder ou tabasser. La presse, souvent, se contente d’un entrefilet, d’un « drame » vite expédié. Pas de portrait vibrant, pas de voisins éplorés pour raconter comment Pierre réparait gratis les fuites des mamies du coin. Au mieux, on aura une vague mention de « tensions communautaires », au pire, un silence gêné.
Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? Parce que le récit médiatique adore ses héros stéréotypés. Hichem, immigré modèle, sert une narrative bien huilée : celle du racisme systémique, du méchant Français xénophobe contre le gentil étranger. C’est vendeur, ça fait cliquer, ça alimente les débats sur les plateaux télé. Mais Pierre, lui, n’a pas de case à cocher. Sa mort ne sert pas une grande cause, alors on passe à autre chose. C’est presque comme si la victime française, dans ces cas-là, devenait un embarras, un caillou dans la chaussure du grand roman national.

Christophe B., l’éléphant dans la pièce qu’on refuse de psychiatriser
Passons maintenant à l’auteur du crime, Christophe B., ce chaudronnier de 53 ans qui, dans deux vidéos postées sur Facebook, appelle à « tirer » sur les Maghrébins et à « se révolter ». Un discours qui pue la haine à plein nez, personne ne va le nier. Mais là où ça devient croustillant, c’est dans le traitement médiatique de ce type. D’habitude, quand un gars pète un câble et commet l’irréparable, les journaux s’empressent de fouiller son passé : « troubles psychiatriques », « dépression », « marginalité ». On le dépeint comme un loup solitaire, un déséquilibré, histoire de rassurer tout le monde : ce n’est pas la société, c’est juste un cinglé.
Mais pour Christophe B., rien de tout ça. Pas une ligne sur une éventuelle fragilité mentale, pas un mot sur un possible burn-out de chaudronnier. Non, c’est direct : raciste, terroriste, point barre. Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’empare de l’affaire, une première pour un acte d’ultra-droite, et on qualifie le crime d’« assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». C’est du lourd, et ça envoie un message clair : pas question de diluer la responsabilité de ce type dans un vague diagnostic psy. On le cloue au pilori, et tant pis si ça fait grincer des dents.

Une société qui choisit ses martyrs et ses monstres
Alors, qu’est-ce qu’on retient de cette histoire ? Que les médias, comme des chefs d’orchestre, décident qui sera le héros, qui sera le méchant, et qui passera à la trappe. Hichem Miraoui, avec son parcours sans tache, est propulsé au rang de symbole d’une France qui intègre mais qui tue. Christophe B., lui, devient l’incarnation d’une haine raciale qu’on refuse d’excuser par un pet de travers dans sa tête. Et les victimes françaises, dans tout ça ? Elles attendent, dans l’ombre, qu’on daigne leur accorder un quart de l’attention réservée aux récits qui font vibrer les rédactions.
C’est presque comme si la presse jouait à la roulette avec les tragédies : selon l’origine de la victime ou du bourreau, on sort le violon ou on range les mouchoirs. Et pendant ce temps, le racisme, qu’il soit d’un côté ou de l’autre, continue de pourrir le décor, sans que personne ne s’attaque vraiment à la racine du mal. Comme dirait Audiard, « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Et nous, on continue de lire, de cliquer, et de s’indigner sur commande.







